Les audiences de la F1 baissent dans le monde

Publié le par Matthieu Piccon

Red Bull - Mark Webber photographesLa F1 moderne s'est construite autour d'une diffusion massive sur la télévision gratuite. Nénamoins, cette stratégie est actuellement remise en cause et les audiences mondiales sont en sensible baisse depuis le point haut de la saison 2008.

Lors de cette saison marquée par le sacre de Lewis Hamilton, 600 millions de téléspectateurs avaient regardé au moins 15 minutes d'un Grand Prix. L'année suivante, les audiences avaient connu une chute sévère, aux alentours de 520 millions de téléspectateurs. Il semblerait que les audiences aient continué leur lente chute lors de la saison 2012, pourtant l'une des plus palpitantes depuis de nombreuses années, puisqu'elles ont atteint un peu plus de 500 millions de téléspectateurs contre 515 la saison précédente.

Cependant, la situation n'est pas la même dans tous les pays. Ainsi le pays comptant le plus grand nombre de spectateurs est le Brésil. Le nombre de fans y a augmenté de 8,9%, pour atteindre 85,6 millions de téléspectateurs. Ce pays représente à lui tout seul 17% de l'audience mondiale alors qu'il ne compte plus qu'un seul pilote et un seul Grand Prix. La grande majorité des épreuves se disputent pourtant à des heures peu avantageuses pour le plus grand pays d'Amérique du Sud.

De même, parmi les progressions par rapport à 2011, on peut noter la présence de l'Italie et de l'Espagne, qui ont respectivement progressé de 15% et de 11,5%. Ces progressions sont certainement dues aux bonnes performances affichées par Fernando Alonso sur sa Ferrari.

A l'inverse, d'importants marchés ont connu des baisses importantes. L'un des principaux est la Chine, qui a constaté une chute de plus d'un tiers de ses audiences, passant de 74,5 millions à seulement 48,9 millions de téléspectateurs. L'une des principales causes de ce désamour est que de nombreuses courses asiatiques ont lieu le soir afin de favoriser les audiences en Europe, le marché historique de la F1. L'inconvénient est que cela place la F1 en compétition avec d'autres sports encore plus populaires au sein de l'Empire du milieu, comme le snooker ou le badminton.

Un autre marché émergent clé pour la F1 est la Russie, le premier marché automobile européen. La F1 comptait en 2012 une écurie (Marussia) et un pilote (Vitaly Petrov) et la perspective d'accueillir une épreuve en 2014 à Sochi. Cependant le passage de ce dernier de Lotus à Caterham s'est traduit par une chute sensible de ses performances (il n'a pas été en mesure de marquer le moindre point contre un podium en 2011). Cela a créé une certaine perte d'intérêt par le public russe, avec une baisse des audiences de 12,8%.

Autre déception pour les dirigeants de la F1 et des équipes : les Etats-Unis. Malgré un retour réussi à Austin, cela n'a pas suffit à créer un engouement fort auprès des téléspectateurs américaines, qui disposent de nombreux autres choix. La F1 a ainsi perdu 10% de son audience, pour atteindre 9,7 millions de téléspectateurs sur l'ensemble de la saison.

Un autre pays intéressant est le Royaume-Uni. En effet, 2012 a été la première saison de partage entre la chaine payante Sky (intégralité de la saison) et la chaine publique BBC (10 courses). La perte d'audience est indéniable puisque 3,8 millions de téléspectateurs ont quitté leurs écrans au cours de la saison, pour ne plus être "que" 28,6 millions. Cela pourrait donc donner des idées des pertes d'audience à attendre sur le marché français, qui va basculer du 100% gratuit au 100% payant avec l'accord passé entre la FOM et Canal+.

Néanmoins, cette baisse d'audience n'est pas anodine pour les équipes puisque cela a un effet indéniable sur les chiffres présentés dans les négociations avec de potentiels sponsors. Eric Boullier, le directeur de Lotus, ne dit pas autre chose : "Nous suivons de près la nouvelle stratégie d'aller sur les télévisions payantes. Cela peut augmenter la CSP et l'éducation de notre audience mais nous devrons peut-être revoir nos chiffres de sponsoring si la tendance devient mondiale."

Cependant, l'arrivée de la  télévision payante peut également se traduire par une augmentation des droits télévisés, comme cela a été le cas en Angleterre tant en F1 que pour la Premier League de football. Or les Accords Concorde prévoient une répartition des bénéfices de la F1 : plus les droits télévisés sont élevés, plus hauts sont les revenus des écuries. Cela pourrait donc faire baisser le poids du sponsoring dans le budget des écuries, qui atteint actuellement 42% en moyenne. Les écuries seraient alors moins dépendantes de leurs négociations avec les sponsors.

Toutefois, l'arrivée d'une chaine payante ne se traduit pas forcément par une martingale financière pour la F1, comme le montre l'accord avec Canal+ : la chaine cryptée va verser 29 millions d'euros en 2013 alors que TF1 avait versé 31 millions d'euros au titre de la saison 2012. Cela peut donc créer une solution perdant-perdant pour la F1 et les écuries : moins d'audience (donc moins de sponsoring) et moins de droits télévisés (donc moins d'EBITDA à se répartir).

C'est précisément pour cette raison que Bernie Ecclestone avait toujours souhaité privilégier les solutions de diffusion gratuite... Celui-ci semble désormais partir du postulat que le contenu proposé par une chaine ayant l'habitude de diffuser de grands événements permette de séduire de nouveaux fidèles, ce qui pourrait donc avoir un effet positif sur l'image diffusée de la F1. Auquel cas les sponsors pourraient désirer être encore davantage présents dans ce sport. Mais à toujours chercher davantage de fonds de ses différents partenaires, aurait-il atteint un point où ses exigences deviennent trop hautes pour les diffuseurs traditionnels en ses temps de crise économique prolongée ? L'échec des négociations pour la 20ème course de la saison 2013 pourrait être le début de la réponse...

Publié dans Media, Audiences TV

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