Le maire de Melbourne met en doute son Grand-Prix au-delà de 2015

Publié le par Matthieu Piccon

HRT - Bruno Senna MelbourneAlors que le maire de Rome a du se résoudre, contraint et forcé, à renoncer à accueillir un Grand-Prix de Formule 1 dans sa ville, son homologue de Melbourne affirme que la ville pourrait très bien se passer de l'épreuve au-delà de 2015. En cause : les résultats financiers déplorables de l'organisation.

Le destin de l'épreuve australienne est décidement bien compliqué : en novembre dernier, une dispute entre le promoteur et la fédération australienne mettait déjà en danger le déroulement de l'épreuve 2011.

Aujourd'hui, c'est le maire de la ville, Robert Doyle, qui affirme que l'accueil du Formula One Circus est un gouffre financier pour sa ville et qu'il est temps de se préparer à s'en passer. Il suit en cela le discours du Premier ministre de l'Etat de Victoria, Ted Baillieu : "Le Grand-Prix a été une très belle chose pour Melbourne et l'Etat de Victoria mais nous attendons que le Grand-Prix réussisse mieux d'un point de vue financier et nous allons nous assurer que cela soit le cas." Il appuie ainsi son argumentation sur l'ardoise de 50 millions de dollars australiens laissée aux contribuables de l'Etat à l'issue de l'édition 2010, malgré une affluence qui a rebondi pour atteindre 300.000 visiteurs sur le week-end.

Or cette facture nette cache en fait une autre réalité économique : ces centaines de milliers spectateurs doivent consommer lors de leur passage dans la ville, ce qui permet de remplir les hôtels et restaurants de la ville. Nous vous parlions récemment de l'impact de la course de Montréal sur ses hôteliers. Le même calcul pourrait être réalisé pour celle de Melbourne. En ajoutant l'exposition médiatique pour la ville, Ron Walker, qui préside Grand-Prix Corporation, estime que l'épreuve rapporte 180 millions de dollars australiens à la ville et à l'Etat, sous forme de TVA et autres taxes de séjour.

Robert Doyle envisage la fin du Grand-Prix à Melbourne après 2015

Mais c'est un discours qui ne séduit pas le propre maire de la ville, Robert Doyle. Celui-ci a donc décidé de se fendre d'une déclaration dans les colonnes du Herald Sun, où il évoque les quatre possibilités qui s'offrent à la ville à l'issue du contrat actuel. Il ne manque alors pas d'égratigner sérieusement Bernie Ecclestone :

"La première est que le Supremo de la F1, Bernie Ecclestone, range ses affaires et rentre à la maison. Malgré la meilleure volonté du monde, le notoirement difficile, prêt à la controverse Bernie prendra les dollars d'Asie ou d'un pays du Moyen Orient riche en pétrole. Il n'y aura pas de négociations positives. Fin de l'histoire." Ce scenario parait tout de même fort improbable puisque l'Australie est l'un des rares pays industrialisés à présenter encore une forte croissance économique en ces temps de crise économique mondiale. Les dollars australiens et la proximité géographique de l'Asie sont donc toujours en mesure de le convaincre.

"La seconde, étant considérés les appels de plus en plus insistants d'Ecclestone pour un Grand-Prix de nuit, celui-ci partira sur un circuit construit exprès pour l'occasion à Avalon ou à Noble Park, voire à Sydney ou et à Perth. Le problème avec Albert Park est qu'il s'agit d'un parc de 300 hectare. Une course de nuit ne signifie donc pas seulement d'éclairer la piste mais également le parc pour assurer la sécurité des spectateurs. Trop cher. De la même manière, construire un circuit permanent couterait 300 millions de dollars australiens, ce qui serait intenable.

Mais même avec un tel nouveau circuit, cela n'aurait plus le même charme ou cachet que l'Albert Park. Le Grand-Prix deviendrait alors une de ces courses que l'on peut parfois voir en Asie : des tribunes vides mais des millions de téléspectateurs partout dans le monde. Pour moi, cela n'est plus vraiment un Grand-Prix d'Australie, seulement un événement télévisé."

Effectivement, la perspective de construire un circuit ex-nihilo ne parait pas avoir un grand avenir tant le coût est rédhibitoire. Mais il ne faut tout de même pas oublier que l'installation des infrastructures actuelles du circuit coûte chaque année pas moins de 28 millions de dollars australiens, ce qui est loin d'être négligeable.

"La troisième option est que la course reste à l'Albert Park. Cela nécessitera une amélioration du parc, pour un coût de 8 à 9 millions de dollars australiens supplémentaires. Il faudra également qu'Ecclestone accepte que le Grand-Prix d'Australie ne soit jamais une course de nuit. Avec la très bonne négociation de Ron Walker, c'est devenu une course de la tombée de la nuit. Dans sa forme actuelle, cela satisfait tant les audiences  locales et télévisées pour une couverture en direct raisonnable. C'est ce que veulent les sponsors et les publicitaires."

Mais ensuite, le maire énumère les coûts que le Grand-Prix représente pour les contribuables locaux. Ainsi il rappelle qu'en 1996, le déficit n'atteignait que 1,7 million de dollars australiens et que les projections pour 2015 atteignent 70 millions. C'est pourquoi il ne recule pas à avancer la quatrième solution :

"La quatrième et dernière possibilité doit être adressée. Je sais qu'aucune ville ne s'est volontairement retirée d'un Grand-Prix mais est-ce que Melbourne pourrait être la première ? Mon opinion est : "Soyez prêts. L'heure est venue."

Nous verrons si le premier magistrat de la ville sera encore en place lors du début des nouvelles négociations et s'il sera prêt à mettre sa menace à exécution...

Publié dans Circuits, Australie, Melbourne

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