Le leadership de l'Angleterre menacé

Publié le par Matthieu Piccon

Force-India---Adrian-Sutil.jpgActuellement, la région de Silverstone est appelée la Motorsport Valley, comme peut l'être la région de Charlotte (Caroline du Nord) pour la Nascar. Elle doit ce surnom à l'importante présence d'écuries et d'entreprises spécialisées dans les sports automobiles. Red Bull, Force India ou encore Mercedes GP en sont les fers de lance.

Mais au total, on compte près de 4.500 PME autour du circuit hôte de l'épreuve britannique du Formula One Circus, qui emploient pas moins de 38.500 emplois. Elles génèrent pas moins de 6 milliards de livres sterling de ventes, dont 60% à l'exportation. C'est dire si le sujet est de première importance dans un pays qui a vu son industrie se déliter au fil des années.

C'est la raison pour laquelle le comité de la chambre des Communes pour le Business, l'Innovation et la Technique (Commons Business, Innovation and Skills Committee) a tenu à mettre en garde le gouvernement de Gordon Brown contre les dangers de délocalisations qui pesaient sur cette industrie de haute technologie. Les parlementaires ont ainsi réclamé au Ministre de l'Industrie, Lord Mandelson, de nommer une équipe dédiée aux sports automobiles. On peut gager qu'ils trouveront une oreille attentive auprès de Lord Mandelson, qui est lui-même un pilote émérite et qui a participé aux dernières 24 heures du Mans.

Un soutien du gouvernement à l'industrie des sports automobiles

Le comité a ainsi fait remarquer que "de nombreux pays envient le succès de l'industrie à forte valeur ajoutée (du Royaume-Uni) et ont des programmes gouvernements pour en obtenir une partie, souvent en investissant pour accueillir une course de Formule 1. De telles manoeuvres constituent une menace constante sur le leadeship dont bénéficie le Royaume-Uni." Dans cette remarque, on ne peut que penser à la Malaisie, qui a commencé par accueillir une épreuve au calendrier avant de lancer une écurie sous le nom mythique de la mythique marque britannique Lotus (qui appartient désormais au groupe malaisien Proton). Dans le même temps, Silverstone est l'une des deux épreuves du calendrier 2010 à ne pas bénéficier de financement public pour assurer son avenir.

Pour renforcer ses arguments, le directeur du comité, Peter Luff, a déclaré : "Les sports automobiles sont une industrie d'importance nationale et le gouvernement doit le reconnaître. Il est difficile de trouver un autre pays qui mette de côté une industrie de cette importance." Pourtant, les Britanniques n'auraient pas à chercher loin : il leur suffirait de traverser la Manche et ils se rendraient compte que les Français ont préféré adopter la même politique, comme le montre le récent échec du projet de circuit à Flins.

Ce rapport parlementaire aura au moins le mérite de montrer les carences de financement qui entourent l'industrie des sports automobiles au Royaume-Uni. Si seulement, un tel rapport pouvait exister en France, pays où parler de vitesse et de sports automobiles semble être devenu la pire des insultes... Dans le même temps, la plupart des pays en voie développement s'attache à obtenir son épreuve pour exister sur la scène internationale. Bernie Ecclestone se fait alors un malin plaisir de les contenter, même si cela passe par l'abandon progressif de la "vieille Europe". Ainsi sur les 19 épreuves de 2010, huit auront lieu en Asie soit déjà autant que l'Europe. Voir Williams installer un centre de recherche au Qatar (et ses pétrodollars) est un premier signe de délocalisation. Pourquoi ne pas imaginer dans un futur plus ou moins proche Force India s'installer complètement au coeur de la Silicon Valley indienne ou Lotus établir sa base en Malaisie ?

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