La F1 est rentable pour l'Etat de Singapour

Publié le par Matthieu Piccon

McLaren - Singapour by nightAlors que la polémique gronde en Australie autour de l'ardoise laissée par l'organisation du Grand-Prix 2010, à Singapour, le son de cloche est tout à fait différent : l'Etat prévoit d'ores et déjà que l'épreuve de ce week-end sera un franc succès sur le plan financier.

Pourquoi une telle différence entre les deux Etats ? Tout simplement, parce que les responsables des deux pays ne prennent pas le même référentiel pour établir le bilan de l'opération. Ainsi les  détracteurs australiens s'arrêtent aux 50 millions de dollars locaux de déficit de l'organisation, les dirigeants de Singapour abordent l'événement dans sa globalité pour le pays puisque l'épreuve est perçue comme un moyen important dans la communication officielle du pays.

Dans ce cas, l'équation financière est toute différente : à l'image de leurs voisins malaisiens, les dirigeants de la ville-Etat estiment que la Formule 1 est un des meilleurs leviers pour promouvoir leur pays aux yeux de la planète. Elle veut quitter son statut de simple étape entre l'Europe et l'Australie mais souhaite que le nombre de 11 millions de touristes enregistrés en 2009 progresse encore à l'avenir. Cela explique pourquoi l'épreuve se dispute dans les rues de la ville : quel meilleur moyen de montrer les beautés de la ville que de voir des bolides raser les principales attractions de la ville ? En ce sens, les caméras de télévision sont mises à contribution puisqu'elles ont reçu l'ordre de mettre en valeur les bâtiments lors du passage des monoplaces.

Les télévisions jouent également un rôle primordial puisque ce sont elles qui communiquent auprès des centaines de millions de fans, qui sont principalement situés en Europe. C'est pourquoi l'épreuve se dispute de nuit : outre que cela met encore davantage la ville en valeur, cela place l'heure de départ de la course à 14 heures en Europe. L'audience est donc maximisée par rapport aux épreuves très matinales du Japon, de Chine, d'Australie ou de Malaisie.

Bien sûr, l'éclairage (supérieur à ce qui se fait dans un stade de foot...) a un coût mais cela semble un surcout acceptable à la vue des bénéfices dégagés. Ainsi la société organsatrice estime que le micro-Etat dépense 85 millions de dollars locaux (47 millions d'euros) pour l'ensemble de l'épreuve (versement à Bernie Ecclestone compris) mais les 40.000 spectateurs attendus devraient dégager 160 millions (89 millions d'euros) de recettes, à travers la TVA et les contributions au commerce locale. Il est à signaler que Singapour est le premier pays au monde à avoir mis en place une taxe dédiée à la Formule 1 : les hôtels qui bénéficient de la chance d'être à proximité immédiate du circuit subissent une surtaxe de 30% en échange d'une visibilité accentuée sur les images télédiffusées. Montréal a, par la suite, suivi la même voie.

Michael Roche, le directeur de la société organisatrice, explique ainsi à nos confrères suisses du Matin : "Nous voulons que Singapour devienne un passage obligé des saisons de Formule 1, une sorte de Monaco asiatique. Nous souhaitons que cette course ait encore lieu dans 30 ou 40 ans. Pour nous, le succès est déjà considérable: pendant le week-end du Grand Prix, on ne compte plus les soirées mondaines et les concerts en tous genres. Cette année, nous aurons Maria Carey et les Black Eyed Peas. Et pour les commerces, c’est formidable. L’an dernier, les boutiques Prada et Dolce & Gabbana ont été dévalisées, et la brasserie Asia-Pacific a dû alimenter les bars en urgence le dimanche matin, il ne restait plus rien à boire… Tous nos objectifs sont largement dépassés."

L'exemple de Singapour montre qu'une volonté politique permet de faire fonctionner économiquement un événement aussi coûteux que peut l'être un Grand-Prix de Formule 1. Mais il faut que le pays ou le site choisi pour le circuit soient attractifs car les dunes désertiques de Sakhir ne font pas forcément rêver grand monde tandis que les tribunes presque complètement vides de Shanghai, pourtant au sein du pays le plus peuplé au monde, ou d'Istambul font quelque peu désordre. Cela n'empêche pas que de grandes fêtes populaires comme les épreuves françaises, hollandaises ou belges ont disparu et sont fortement menacées d'être rayées du calendrier.

Publié dans Circuits, Singapour

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