di Montezemolo ressort la menace d'un championnat concurrent

Publié le par Matthieu Piccon

Ferrari - Luca di MontezemoloLa trêve aura duré moins d'un an et demi : après la grave crise de l'été 2009, Luca di Montezemolo reparle d'une sécession des équipes si elles n'obtiennent pas de meilleures conditions financières lors des nouveaux Accords Concorde, qui doivent prendre effet en 2013. Pourquoi l'expression "crier au loup" vient-elle tout de suite à l'esprit ?

Une telle menace a été utilisée depuis la fin des années 1980. A l'époque, le meneur de la fronde était... un  certain Bernie Ecclestone, alors propriétaire de l'écurie Brabham. Tout au long de la décennie 2010, la menace a refait son apparition de temps à autre, principalement lorsque les négociations commerciales approchaient.

Tout le monde sait donc désormais qu'une telle menace ne prendra jamais effet, tant la Formule 1 et les écuries sont interconnectées et interdépendantes. Pourtant Luca di Montezemolo déclare à nos confrères du Telegraph et d'Autosport : "Nous pouvons trouver, en principe, un autre promoteur. Bien entendu, le nom Formule 1 est très important mais je ne pense pas que nous ayons besoin de ce nom pour exister. Il y a théoriquement, et j'insiste sur le théoriquement, des possibilités pour monter notre propre entreprise, sur le business model qui a réussi avec la NBA aux Etats-Unis. Au bout du compte, le business n'est pas très sophistiqué. Nous avons à trouver des accords avec la télévision, avec les circuits et vous avez à être préparés pour de nouvelles technologiques parce que si vous regardez aux 10 prochaines années de la Formule 1, Internet et ce genre de choses seront très importantes."

Mais s'il était si simple de monter une compétition regardée par 600 millions de téléspectateurs, la Formule 1 connaîtrait de nombreux concurrents. Or ce n'est pas le cas pour la simple et bonne raison que la Formule 1 est parvenue à s'imposer comme la référence du sport automobile mondial. Même lorsqu'ils étaient majoritaires au sein de la discipline, les grands constructeurs mondiaux (Fiat, Renault, Mercedes, Honda, BMW, Toyota) n'ont pas réussi à faire plier Bernie Ecclestone et nombre d'entre eux ont préféré plier bagages en cédant leurs activités et/ou infrastructures. Il y a donc peu de chances que des PME exclusivement dédiées à la compétition automobile (Williams, Force India, Sauber...) y parviennent. Cela avait été montré par Williams qui avait le premier rallié la cause de Bernie Ecclestone l'an passé.

Le président de Ferrari évoque le succès de la NBA. Mais s'il reste aux Etats-Unis, il peut également constater l'échec retentissant de la séparation de l'IRL et du ChampCar. A la fin, les deux séries concurrentes ont été dans l'obligation de se réunifier puisqu'elles ne parvenaient plus à attirer suffisamment de participants et donc de spectateurs aux différentes courses ! C'est exactement le même risque avec la Formule 1 et une éventuelle série concurrente.

L'appel de di Montezemolo a d'autant moins de chance de réussir qu'il réaffirme que Bernie Ecclestone est indispensable pour l'avenir et qu'il ne veut passer que par lui : "Pour moi, et je veux être très clair là-dessus, la présence et les règles de Bernie est une priorité. La Formule 1 ne peut pas être dirigée par les marchés financiers ou par des financiers plus ou moins bons. Nous avons besoin d'expérience, de crédibilité et de personnalité pour parler du futur de la Formule 1. Nous devons être justes en reconnaissant que Bernie, qui est le roi du monde, voire plus que du monde, il est le roi de la galaxie, défend ses propres intérêts mais a toujours été en faveur de défendre la Formule 1."

Le principal intéressé ne se montre pas plus surpris que cela de la déclaration de l'Italien en déclarant à Reuters : "C'est ce qu'il dit à chaque fois qu'il va à Monza tous les ans : "Nous avons besoin de plus d'argent. Cela n'a aucun sens. Ils ne vont pas partir. Ils ont tous tenté de le faire avant. Luca est un gars sympa mais il aime parler et après il oublie ce qu'il dit." On peut, en effet, se demander pourquoi Bernie Ecclestone accepterait de partager davantage dans une autre catégorie alors qu'il refuse de le faire depuis des années en Formule 1. Il avait cependant dû faire un geste en 2006 lorsqu'il avait approuvé un partage à 50-50 des bénéfices de la catégorie.

Autre cheval de bataille qui paraît contradictoire, le prix des billets : "Mon fils peut aller à l'autre bout du monde avec sa copine pour moins cher que deux billets à Monza. C'est sympa d'avoir de nouveaux circuits mais nous devons faire attention. Nous devons garder des circuits historiques, comme Suzuka, Sao Paulo, Silverstone et Spa. Il est important d'avoir de l'héritage, de la crédibilité et de l'histoire en Formule 1."

Or la recette des billets est la seule recette laissée par Bernie Ecclestone. Donc si les circuits devaient facturer moins cher les billets pour les spectateurs, ils devraient obtenir une meilleure compensation financière de la part de Bernie Ecclestone ou une baisse des coûts d'accueil exigés par ce dernier. Cela serait donc au détriment des écuries puisque la F1 est un enjeu financier à somme nulle : si quelqu'un augmente sa part du gateau, celle des autres baisse mathématiquement...

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