A la rencontre exclusive de Richard Phillips, directeur de Silverstone

Publié le par Matthieu Piccon

Richard-Phillips--Silverstone.JPGA travers son partenariat avec fan-f1.com, businessf1.fr est à Silverstone, au plus proche de l’action. Nous avons ainsi pu rencontrer Richard Phillips, le directeur du mythique circuit britannique. Cela nous a permis de balayer de nombreux sujets évoqués sur notre site au cours des derniers mois.

Parce que même en enlevant ces 10.000 personnes qui ne sont pas venues le samedi, nous avons presque attiré 300.000 spectateurs sur les trois jours. Nous avons donc été heureux que l’événement puisse avoir lieu. Cela a été une très belle performance de notre part.

Richard Phillips

Nous avons commencé par évoquer, une nouvelle fois, la terrible météo britannique puisque nous nous sommes rencontrés juste après la première séance d’essais du vendredi matin. Celle fut de nouveau marquée par une pluie importante, ce qui a empêché les voitures de rouler pendant une bonne partie de la séance. Cela fait malheureusement écho à la même situation l’an dernier qui avait été marqué par une pluie torrentielle. Cette dernière avait alors gravement endommagé les zones de stationnement prévues autour du circuit et provoqué des embouteillages monstres : « L’an dernier a été une année difficile. Avec toute la pluie qui est tombée dans les jours avant l’événement a empêché les parkings de faire face. Nous avons donc dû demander à 10.000 personnes de ne pas venir le samedi mais cela ne nous a pas empêché d’attirer une foule très importante. Parce que même en enlevant ces 10.000 personnes qui ne sont pas venues le samedi, nous avons presque attiré 300.000 spectateurs sur les trois jours. Nous avons donc été heureux que l’événement puisse avoir lieu. Cela a été une très belle performance de notre part.

A l’époque, nous ne savions pas si nous étions assurés pour ce genre d’événements ou pas. Heureusement, nous l’étions. Donc au cours des trois mois qui ont suivis, nous avons mis en place un processus de remboursement des personnes qui n’avaient pas pu se rendre sur le circuit et l’assurance en a couvert une grande partie. Pas tout mais la majeure partie parce que nous avons été attendris par de malheureuses personnes qui étaient laissées de côté. Et cette année, nous sommes de nouveau avec une foule de 300.000 personnes. Ce que nous avons fait l’an passé a donc marché. Ce qu’on a pu constater est que les gens ont acheté leurs billets beaucoup plus tard que d’habitude mais les ventes se sont largement accélérées au cours des six dernières semaines. Donc tout va bien. »

Etant donné qu’il s’agit de la réputation de l’épreuve auprès de son public de passionnés qui est en jeu, l’organisation ne pouvait se permettre que de telles perturbations, aussi exceptionnelles soient-elles, ne se reproduisent, en particulier seulement un an après. Les organisateurs ont donc étudiés le problème sous différents angles : « Nous avons pris en compte beaucoup de choses différentes. La première chose à laquelle nous nous sommes intéressés est la nappe phréatique. Si la nappe phréatique est trop haute alors l’eau ne peut plus y aller et vous allez avoir de gros problèmes rapidement. Nous avons donc fait de gros efforts de drainage afin que la nappe phréatique redescende. Nous avons également fait de gros efforts de drainage en surface. Nous avons drainé sur plus de 400 hectares et tout un ensemble de choses comme approfondir des puits pour qu’on s’améliore. »

Mais comme de nombreux autres circuits dans le monde, l’un des autres problèmes fondamentaux de ce genre d’endroit est leur accessibilité en voiture. Silverstone ne fait pas exception à la règle. Différentes solutions ont donc été tentées pour faire venir les milliers de spectateurs par d’autres moyens que la voiture, ce qui peut paraitre quelque peu paradoxal pour une course de voitures : « Nous avons également beaucoup travaillé sur la façon dont les gens se rendent à Silverstone. Nous avons désormais beaucoup plus de gens qui viennent par train ou par train. L’an passé, notre programme Park and ride a très bien fonctionné et il n’a jamais été aussi populaire que cette année. Cela a tellement bien marché que nous avons désormais de la place sur nos parkings ! »

Pour que ce genre de solutions fonctionne véritablement, il faut une intégration de l’ensemble de la région afin que toutes les parties prenantes soient mobilisées sur le sujet. En effet, l’an dernier, certains campings autour du circuit, non gérés par le circuit en tant que tel, se sont retrouvés dans l’obligation de fermer à cause des glissements de terrain provoqués par la pluie. Or sans coordination, les spectateurs se retrouvaient alors sans aucun endroit où aller, ce qui a encore renforcé les bouchons : « Nous sommes également passés à une gestion davantage régionale qu’auparavant. Nous avons désormais des responsables de zones, qui gèrent leurs parking et échangent entre eux. Donc quand une zone se retrouve sous pression, nous sommes désormais capables de décharger cette zone en orientant les gens vers d’autres zones. Nous apprenons donc de nos erreurs. Je ne pense que nous nous retrouverons un jour dans la situation de l’année dernière mais vous ne savez jamais ce qui peut se passer. Donc nous allons continuer à bien travailler et nous verrons comment ça va se passer. »

La capacité d’accueil de Silverstone est limitée par la façon dont vous venez jusqu’ici car c’est un très grand endroit. Dans le passé, nous n’avons jamais vendu sur place parce que nous n’étions pas convaincus que les gens trouveraient de la place pour se garer et alors tout le monde en souffrirait.

Richard Phillips

Au cours des derniers mois, nous avons pu relayer certains commentaires par rapport à une baisse des ventes de billets aux spectateurs. En début de semaine, le circuit a même publié un communiqué selon lequel des tickets seraient encore disponibles le jour de l’événement afin de permettre aux spectateurs de se décider jusqu’au dernier moment. Cela a pu conduire certains à estimer que Silverstone manquait d’attractivité et/ou était trop cher en ces temps de crise économique. Pour son directeur, il n’en est rien : « En fait, c’est surtout lié au fait que nous avons désormais de la place sur nos parkings. Donc maintenant nous pouvons nous permettre de faire venir des gens pour qu’ils puissent acheter des billets directement sur place. En fait, la capacité d’accueil de Silverstone est limitée par la façon dont vous venez jusqu’ici car c’est un très grand endroit. Dans le passé, nous n’avons jamais vendu sur place parce que nous n’étions pas convaincus que les gens trouveraient de la place pour se garer et alors tout le monde en souffrirait. Donc comme nous avons davantage confiance et que les gens ont désormais tendance à acheter plus tard, nous avons ouvert ces ventes. Même hier, nous avons eu beaucoup de demande. Donc nous nous sommes dits que pour les quelques personnes qui viendraient sur place en acheter, nous aurions quelque chose pour eux. »

Ainsi l’échelle du nombre de tickets disponibles sur place n’est que de seulement quelques centaines de tickets, pas des milliers. C’est pourquoi Richard Phillips estime que les 297.000 spectateurs réunis sur le week-end 2012 devraient être dépassés : « L’an passé, nous aurions été largement au-dessus de ça si nous n’avions pas eu les personnes qui n’ont pas pu se rendre jusqu’au circuit. Donc, en fait, pour cette année, nous nous attendons à faire un peu plus que l’an passé. Ils seront mieux répartis sur les trois jours mais nous devrions être encore aux alentours des 300.000 personnes, ce qui reste une excellente performance. »

De telles affluences doivent laissées rêveurs de nombreux organisateurs dans le monde, surtout que les billets de Silverstone sont réputés être parmi les plus chers du monde. La raison de la cherté de ces billets n’est pas à aller chercher très loin : le nouveau contrat de 17 ans signé avec Bernie Ecclestone en 2010 prévoit une hausse annuelle des tarifs versés à la FOM. Cela a conduit les organisateurs à segmenter leur offre : « Nous avons un business modèle assez compliqué. Il se décompense en un certain nombre de catégories. Nous analysons nos prix en fonction de la demande. Nous avons constaté que les tickets premium sont plus demandés que les tickets moins chers, ce qui est plutôt intéressant. Les tickets de base, ceux qui permettent de rentrer dans l’enceinte du circuit, sont également extrêmement populaires. Mais ce sont les tickets au milieu, ceux pour les autres tribunes, qui ne bougent pas aussi vite que les deux autres catégories. Donc nous regardons la courbe de la demande dans les différentes catégories et ensuite nous baissons certains tickets, on en garde d’autres au même prix et on en augmente d’autres. »

Maintenant, nous allons commencer à investir davantage dans les zones d’accueil du public, dans l’expérience que les gens ont en venant à Silverstone.

Richard Phillips

Ce nouveau contrat de 17 ans avec Bernie Ecclestone garantit donc la présence de Silverstone au calendrier jusqu’en 2027. Cela lui a surtout donné une visibilité pour mettre en place un vaste plan d’investissements : « Nous avons investi de très importantes sommes d’argent pour améliorer tout d’abord la piste en tant que telle mais aussi dans ce bâtiment, the Wing, qui est très impressionnant. Nous avons beaucoup investi maintenant dans toute la partie des sports automobiles. Maintenant, nous allons commencer à investir davantage dans les zones d’accueil du public, dans l’expérience que les gens ont en venant à Silverstone. Ce n’est pas qu’elle est mauvaise actuellement mais nous pouvons toujours nous améliorer et nous devons lutter contre d’autres formes de loisirs. »

Au-delà du circuit, Silverstone a mené un programme de diversification, au sein de l’entité Silverstone Group : lancement en 2011 de Silverstone Auctions (vente aux enchères), ouverture d’une concession Lotus, lancement du Silverstone Business Park… : « Si vous regardez à nos bénéfices, organiser des événements comme la Formule 1 ou le MotoGP représentent environ 32% de nos bénéfices. Le reste provient de nos autres activités. Nous devons le faire. Même si on gagne de l’argent avec la Formule 1, les coûts fixes autour sont énormes. Nous devons donc amortir ces coûts fixes sur d’autres activités et c’est ce que nous faisons avec notre programme de diversification que nous avons débuté il y a bientôt dix ans. A l’avenir, nous allons essayer de nous diversifier encore plus, en allant davantage sur des activités de loisirs. Nous avons ainsi une entreprise d’organisation d’événements qui opère sur trois continents. Nous avons donc beaucoup d’idées pour aller de l’avant et pour nous assurer que les sports automobiles puissent rester importants à Silverstone. Il est important de garder cette résilience car il se peut que les sports automobiles restent profitables à l’avenir, à cause de la façon dont se développent les coûts. Donc si nous nous diversifions l’entreprise sera résiliente et nous pourrons rester. »

Mais Silverstone est avant tout le cœur de la  Motorsport Valley. Un besoin de formations pour répondre aux attentes en personnel de cette région a donc poussé le circuit à investir dans l’éducation en lancement un projet d’université technique spécialisée dans ce secteur d’activités, qui pèse plusieurs milliards d’euros outre-Manche : « Nous avons reçu l’autorisation de construire jusqu’à près de 560.000 mètres carrés dans le cadre de notre programme de développement. Il doit répondre à des technologies de haute performance mais également de loisirs. Ce que nous avons essayé de faire ici est de s’assurer que les expertises nécessaires sont présentes dans la région afin de s’assurer que les bonnes personnes aillent vers le bon genre d’activités. Cela doit nous permettre de conserver le niveau d’expertise que nous avons développé dans la région.

Nous avons donc développé cette école. Nous avons déjà un programme qui éduque les enfants de 5 à 13 ans. Cela représente environ un millier d’enfants par an. Les matières concernées sont l’anglais, les mathématiques, les sciences. Maintenant nous avons cette école qui va de 14 à 19 ans. Là nous nous intéressons aux technologies de hautes performances mais également à la gestion d’événements. Nous voulons nous assurer qu’ils aient les bonnes expertises pour aller travailler au lycée et à l’université. »

L’une des particularités de Silverstone est qu’il s’agit d’une entreprise entièrement détenue par le British Racing Driver Club, ce qui nécessite qu’elles ne perdent pas d’argent sur l’ensemble des événements qu’elle organise : « Je crois que nous sommes le seul circuit à être indépendant et qui ne reçoit aucune subvention publique. Nous sommes dirigés par un club, un club vraiment unique. Il y a vraiment énormément de passions chez les gens ici. Mais nous devons équilibrer cette passion. C’est pour ça que nous nous diversifions et que nous avons d’autres activités. Nous sommes parvenus à rester comme cela jusqu’à présent. Donc avec de nouveaux investissements, nous espérons continuer ainsi. »

Nous voulons rester un circuit. Nous ne voulons pas devenir un centre logistique ou un centre commercial. C’est le challenge de trouver les bons investisseurs.

Richard Phillips

C’est pourquoi Richard Phillips et ses équipes sont partis à la recherche de nouveaux investisseurs, aux côtés du BRDC : « C’est un processus intéressant. Nous avons été impliqués depuis deux ans. Le problème est de trouver les bonnes personnes pour venir investir ici à Silverstone. Ils doivent avoir les poches pleines évidemment mais ils ne doivent pas vouloir tout découper en morceaux. Nous devons trouver quelqu’un qui prend tout. Nous voulons rester un circuit. Nous ne voulons pas devenir un centre logistique ou un centre commercial. C’est le challenge de trouver les bons investisseurs. Ce processus est toujours en cours. Par contre, ce que nous avons réussi à faire, c’est obtenir un prêt bancaire pour améliorer nos infrastructures, mettre l’électricité sur d’autres parties du domaine. Nous y sommes parvenus. Nous sommes donc désormais en mesure de faire venir les gens qui seraient intéressés de venir sur notre propriété afin de se développer. »

En janvier dernier, Derek Warwick, le nouveau président du BRDC, a annoncé qu’il souhaiterait que les sports mécaniques et Silverstone puissent également bénéficier de l’argent de la loterie nationale, comme cela a pu être fait pour les Jeux Olympiques 2012. : « Il y avait deux tours dans la demande pour la loterie nationale. Nous avons franchi le premier tour concernant l’Heritage Center for Silverstone. Nous en sommes au deuxième tour, qui aura lieu en 2014. C’est un gros projet. Nous parlons là de vingt millions de livres sterling. Dix seront financés par la loterie et dix seront financés par nous. Cela concerne les deux aspects : les technologies de haute performance et les loisirs. L’objectif est de faire venir les gens à Silverstone pour leur faire comprendre ce que c’est que les sports automobiles. Nous espérons que ces personnes s’intéresseront alors davantage aux sports automobiles. »

Cette nécessité d’être au moins à l’équilibre financier signifie que le circuit doit chercher à maximiser taux d’occupation, ce qui est quasiment le cas à l’heure actuelle : « Nous sommes ouverts toute l’année. Nous avons quatre circuits différents et une piste de rallye. Notre taux d’occupation de fin mars à fin octobre est presque de 100%. En dehors de cette période, nous sommes aux alentours de 40%. Donc nos pistes sont très occupées et nous pensons même en rajouter de nouvelles. »

Le 7 juillet prochain, le circuit va accueillir le Go Motorsport Live, un événement gratuit qui doit permettre de faire découvrir les sports automobiles auprès du grand public : « C’est principalement pour maintenir le niveau d’intérêt qu’ont les gens par rapport aux sports automobiles. Il ne s’agit pas simplement de vendre des tickets. Il s’agit d’investir pour créer la passion chez les gens afin de s’assurer qu’on aura des pilotes qui perceront. Ils deviendront alors les héros du futur, qui nous permettront de vendre des tickets. Tout est connecté. »

De notre envoyé spécial à Silverstone

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