Affaire Renault : l'écurie s'en sort bien, pas Briatore

Publié le par Matthieu Piccon

Renault - Flavio Briatore, Pat SymondsQuand on lit le verdict rendu aujourd'hui par le Conseil mondial extraordinaire de la F1 dans le cadre de l'affaire Renault du Grand-Prix de Singapour 2008 (voir notre article : Affaire Renault - Piquet : départ de Briatore et Symonds), on peut se dire que les dirigeants de Renault doivent pousser un grand ouf de soulagement. Pendant le week-end, des estimations tablaient sur au moins 34 millions de dollars d'amende, voire une exclusion à vie de la Formule 1 et donc du sport automobile de haut niveau.

La situation est quelque peu différente puisque Renault est exclu à vie de la catégorie-reine du sport automobile mondial à la nuance près que cette peine est assortie à deux ans de sursie : l'écurie française ne sera exclue que si elle commet une nouvelle infraction grave au Code sportif d'ici à la fin 2011. Cela paraitrait incroyable que le Losange commette une telle erreur, tant elle serait catastrophique pour son image de marque, qu'elle a mis des années (et des millions de dollars) à construire.

Paradoxalement, Renault s'en tire si bien à cause de la situation très tendue que doit actuellement affronter l'industrie automobile dans son ensemble. Le constructeur français ne déroge pas à la règle puisqu'il a annoncé des pertes de 2,7 milliards d'€ sur le seul premier semestre 2009. Une forte amende telle que McLaren en avait reçu il y a deux ans (100 millions de dollars pour espionnage industriel sur Ferrari) aurait assurément poussé l'ex-Régie à se retirer de la Formule 1. Hors la F1 ne peut se le permettre, elle qui a déjà perdu deux grands constructeurs en moins d'un an : Honda à la fin 2008 et BMW à la fin de la courante saison. Pour crédibiliser son offre auprès des télévisions du monde entier, il lui faut des noms célèbres, porteurs d'image et capables d'attirer de gros sponsors en mesure de dépenser des millions de dollars pour apparaître lors des différents événements du Formula One Circus.

L'avenir de Renault en F1

Maintenant, la présence de Renault la saison prochaine n'est pas encore assurée. En effet, les résultats de l'écurie sont des plus décevants : l'écurie ne pointe qu'à la 8ème place (sur 10) au classement des constructeurs, bien loin de Brawn GP mais également de Red Bull, qui dispose du même moteur ! Carlos Ghosn, le PDG de Renault, n'a jamais caché son peu de passion pour la compétition automobile et que le Losange ne serait présent qu'avec des résultats de premier ordre. Il est peu probable qu'une telle situation lui paraisse justifier les 150 millions de dollars investis chaque année pour le fonctionnement de l'écurie.

De plus, une affaire de tricherie avérée, doublée à une mise en danger du pilote et de ses concurrents, est catastrophique en terme d'image. Renault pourrait donc décider de se retirer ou tout du moins n'être plus que motoriste (porteur d'image et de savoir-faire technologique utilisable sur les modèles de série), ce qui lui avait particulièrement bien réussi dans les années 1990, avec Williams notamment. On parle ainsi d'un possible accord entre l'écurie de Growe et les hommes de Viry-Chatillon pour la saison 2010.

Mais il est également tout à fait possible que Renault saisisse la perche tendue par la FIA et décide de rester en Formule 1. En tout cas, Max Mosley, dirigeant de la FIA sur le départ, tend en ce sens en répondant à la question si Renault allait rester en F1 : "C’est  à Renault de le dire mais ils nous ont donné l’impression qu’ils voulaient rester."

Briatore exclu à vie

Par contre, les choses se sont beaucoup moins bien pasée pour les anciens dirigeants de l'écurie, Flavio Briatore et Pat Symonds. Ce dernier est ainsi exclu de Formule 1 pour une période de cinq ans. Mais Flavio Briatore écope d'une interdiction à vie d'exercer une quelconque activité en lien, de près ou de loin, avec la F1. Il lui est donc désormais interdit de rentrer dans un paddock de  Formule 1 mais également d'un championnat organisé par la FIA. Il ne peut plus non être agent de pilotes. Fernando Alonso, Mark Webber, Heikki Kovalainen ou encore Nelsinho Piquet (mais était-ce vraiment nécessaire de citer ce dernier ?) devront donc se trouver un nouvel agent. (voir également : Affaire Renault : Briatore, la chute d'une icône du sport-business)

Quant à Nelsinho Piquet, il s'en sort très bien : sa collaboration lors de l'enquête lui a permis de négocier une immunité totale ! Comme quoi ça peut valoir le coup de balancer son employeur une fois qu'on a été viré sans ménagement pour résultats (plus qu') insuffisants ! Il avait alors beau jeu de clamer : "Après avoir rêvé de devenir pilote de Formule 1 et d'avoir travaillé si dur pour y arriver, je me suis retrouvé à la merci de Monsieur Briatore. (...) Je tiens à répéter que je suis vraiment désolé pour tout ceux qui travaillent en Formule 1 – y compris les nombreuses personnes compétentes chez Renault, les fans et le Conseil Mondial de la FIA. Je ne pense pas que je sois pardonné ou oublié, mais au moins maintenant, les gens peuvent en tirer des conclusions basées sur ce qui s'est réellement passé". Le moins qu'on puisse dire c'est que la Formule 1 (et ses fans) n'oubliera pas son méprisable aveu de faiblesse en acceptant de se jeter dans un mur en pleine course. Quant à ses véritables talents de pilote...

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