Renault Sport F1, une journée particulière à Monaco

Publié le par Daniel Ortelli

C'était un vendredi presque comme les autres, en Principauté, avec un menu léger (pas de F1, essais de Porsche SuperCup, course de F2). Mais le programme était chargé pour Renault Sport Racing et ses nombreux invités. L'objectif était précis: entamer à Monaco les célébrations du 40e anniversaire de l'arrivée de Renault en F1, quand Jean-Pierre Jabouille a fait débuter la RS01 en 1977, à Silverstone, pour un British GP qui a marqué le début de la saga jaune et noire.

En guise d'apéritif, comme dans un menu parfait, un pilote britannique, Oliver Rowland, pilote d'essai et de développement de Renault Sport F1, a remporté sa toute première course de F2 (l'ex-GP2), grâce à une casse mécanique sur la Dallara du favori et héros local, le Monégasque Charles Leclerc, parti en pole position. Puis deux F1 du 20e siècle, la RS01 du "grand", le surnom de Jabouille, version 1977/78, et la RE40 du "professeur", alias Alain Prost, un modèle 1983, ont pris la piste pour faire vrombir, comme à la grande époque, leur V6 de 1500 cc à moteur turbo.

Les deux légendes roulantes étaient au volant, sans un gramme de trop dans leur combinaison. Comme sur le Circuit Paul Ricard, début mai, quand ils ont tourné à huis-clos, pour Canal Plus, en présence de Nico Hülkenberg, un merveilleux clip vidéo désormais visible sur internet. "En s'installant dans le baquet, il y a de nombreux souvenirs qui reviennent à l'esprit", a souri Prost, ému et fier. "L'auto est comme je l'ai laissée la dernière fois. Tout est à sa place, le siège, le volant, les pédales", s'est réjoui Jabouille le perfectionniste, pour qui "rouler sur ce circuit, dans cette voiture, c'est un grand plaisir". En 1979, à Monaco, il était parti de la dernière ligne, avec René Arnoux à ses côtés. Deux semaines plus tard, il remportait sur le circuit de Dijon-Prenois la toute première victoire d'une Renault F1, et d'une monoplace à moteur turbo, lors d'un GP de France rentré dans les annales.

Tout a vraiment commencé en 1976, en fait, quand un prototype baptisé A500, avec un A pour Alpine, a servi de châssis de transition "entre les F2 de l'époque et la RS01", raconte Jabouille, en exclusivité pour RacingBusiness.fr. "C'était une F2 avec un moteur de F1, mais la coque était rigidifiée. On ne s'est occupés de l'aéro qu'à la fin, pour faire valider le projet par Bernard Hanon", le patron de l'époque. "Il nous avait fixé un chrono minimum à réussir sur le Circuit Paul Ricard. Jusque là, on avait surtout travaillé sur le moteur, le positionnement du turbo, le refroidissement à air, à eau, ou les deux".

"On avait un gros problème pour démarrer le moteur car le taux de compression était très bas. Il fallait mettre un chauffage électrique sous la voiture, donc un mécano venait trois ou quatre heures avant le début de chaque séance d'essai. C'était de la recherche sur quelque chose qui n'avait jamais été fait dans le monde. Cela se faisait de manière manuelle, sans ordinateur. Et Jean-Pierre Boudy (l'un des motoristes en chef) prenait parfois sa lime pour faire des modifications sur des pièces, à la main. On dégrossissait tout, avec Mähle pour les pistons. Tout le monde découvrait tout. Petit à petit, de l'A500 à la RS01, on a bien dégrossi le travail, et on s'est rendu compte que sur certains circuits plus favorables on faisait des chronos intéressants".

Sur cette RS01 révolutionnaire, il y avait aussi des pneus radiaux Michelin: "Ils existaient déjà en série, mais de là à passer à la F1, il y avait beaucoup d'essais à faire. On faisait des séries de trois tours et quand je rentrais au stand, je classais tout ce qu'il y avait à faire, par ordre d'importance. Le moteur, c'était du verre, donc il fallait continuer à travailler". C'est ce moteur plutôt fragile, au début, qui a valu à la RS01 ce surnom de "théière jaune". Un surnom trouvé par Ken Tyrrell, le patron de l'écurie éponyme. "Ken était un pince-sans rire, typiquement English, et quand il voyait notre voiture rentrer, il se pliait en deux de rire. C'est lui qui l'a appelée la yellow teapot, puis les journalistes ont embrayé.'

De la RS01 qui a roulé vendredi à Monaco, dans sa dernière spécification technique, Renault est passé à la RS10 qui a gagné à Dijon en 1979. Mais le passage a pris du temps et il a "coûté sa place à François Castaing", raconte le grand JPJ. "Il croyait que les performances de la Lotus venaient de sa boîte de vitesses et moi je pensais que c'était l'aéro, les jupes, etc. Alors nous avons fait deux RS10 qui avaient une aéro différente, nous avons perdu du temps, puis nous avons comparé les deux. Et nous avons finalement décidé de faire une RS10 'wing car' et Castaing, qui était favorable à l'autre solution et que j'appréciais beaucoup, est parti aux Etats-Unis".

L'autre avantage de la RS10, avec ses pontons larges pour obtenir le fameux effet de sol, comme Lotus, c'est que Renault a pu installer "deux petits turbos KKK, ce qui permettait d'avoir un temps de réponse plus faible, et donc un pilotage plus souple", se souvient Jabouille. "Quand on a eu la wing car avec les deux turbos, j'ai compris qu'on allait gagner, que c'était seulement une question de temps et de fiabilité". L'écurie française a continué à grandir, dans le sillage d'un jeune pilote très talentueux, Alain Prost. Arrivé en 1981, le Français est passé tout près du titre en 1983, échouant à deux points seulement de Nelson Piquet (Brabham), puis il est allé conquérir ses trois premières couronnes dans une McLaren. Et le quatrième en 1993 dans une Williams à moteur... V10 Renault, comme pour boucler la boucle.

Tous ces souvenirs, et bien d'autres, ont été évoqués vendredi soir à Monaco, sur une terrasse au dessus du podium du GP de Monaco, par les principaux acteurs de cette saga romanesque, typiquement française. Tout le monde était là, de Bernard Dudot à Flavio Briatore, en passant par Gérard Larrousse, Christian Contzen et bien d'autres. L'ambiance était décontractée et l'humeur joyeuse, surtout après avoir savouré la vidéo concoctée par Canal Plus, un "must" absolu. Je ne vous en dis pas plus, allez voir le clip sur internet, tout de suite, ou attendez dimanche, quand il sera diffusé par Canal avant et après ce 75e GP de Monaco à marquer d'une pierre blanche, autant pour les Rouges de Ferrari (1re ligne 100% Scuderia) que pour les Jaunes de Renault, en ce week-end de 40e anniversaire. Peut-être un peu moins pour les "Gris" de Mercedes, mais les temps changent. Tant mieux.

De notre envoyé spécial à Monaco

Trois époques, un même sport pour Renault

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