Kaltenborn : "La F1 ne devrait pas être un championnat de moteurs"

Publié le par Matthieu Piccon

Le Grand Prix d’Abu Dhabi étant la dernière épreuve de l’année, c’était l’occasion de faire un bilan de la saison passée avec Monisha Kaltenborn, la directrice de Sauber.

Elle se réjouit des progrès de son équipe au cours de la saison : "De manière générale, je suis satisfaite de la façon dont toute l’équipe a travaillé pendant la saison. Nous avons pratiquement saisi toutes les opportunités qui se sont présentées à nous."

Mais, évidemment, elle reconnait que la marge de progression de Sauber reste importante : "Nous avons commis des erreurs que nous n’aurions pas dû commettre. Il va falloir que nous nous assurions que nous le commettrons plus à l’avenir afin de revenir au niveau qui devrait être le nôtre."

Afin de renforcer son équipe technique, Sauber a fait venir il y a quelques mois Mark Smith en tant que directeur technique. Son rôle permet ainsi de davantage centralisé les domaines de développement : "La venue de Mark me rend la vie un peu plus facile car je peux davantage me concentrer sur la gestion de l’équipe. Il donne son avis et sa direction aux différents responsables de départements, qui sont restés les mêmes. On voit déjà l’impact de ses compétences pour faire travailler les gens ensemble."

Selon la dirigeante de l’équipe suisse, la principale raison qui l’empêche d’être au niveau de concurrents comme Sahara Force India, Lotus ou Toro Rosso est son manque de budgets par rapport à ses concurrents : "Je ne dis pas que c’est seulement une question de budget, nous devons d’abord réduire le nombre de nos erreurs. Mais nous avons les infrastructures, les outils. Cependant, pour pouvoir complètement les utiliser, nous avons besoin de fonds."

Cette question du financement de l’équipe est évidemment étroitement liée au mode de distribution des revenus générés par la F1, qui est actuellement largement en défaveur des petites équipes indépendantes comme Sauber. C’est pourquoi l’équipe s’est associée à Sahara Force India pour porter plainte auprès de la Commission européenne afin qu’une enquête établisse le caractère injuste de la distribution : "Ca a été un long processus, nous y avons travaillé depuis longtemps. Mais cela va bien au-delà de la simple répartition des revenus. En effet, dans notre sport, les revenus ont un impact direct sur notre niveau de compétitivité. Cela a également un impact important pour que quelqu’un puisse entrer dans le sport mais également que quelqu’un puisse rester dans le sport. Nous espérons donc que la Commission va regarder pourquoi ces privilèges dans la répartition des revenus ont aient accordés."

Si la copropriétaire de l’équipe n’est pas satisfaite de l’aspect recettes, elle déplore également l’aspect dépenses de son compte de résultat. Dans ce domaine, le principal sujet de plaintes est le coût des nouveaux moteurs hybrides : "Nous n’avons pas voulu cette nouvelle technologie, on ne nous a d’ailleurs pas demandé notre avis dessus. Maintenant, nous sommes un client et ce qui est important pour un client c’est le coût de ce qu’on nous fournit."

Pour autant, lorsque la FIA avait lancé l’idée d’avoir un moteur alternatif conventionnel, Sauber avait fait savoir qu’elle n’était pas en faveur de cette solution pour des raisons d’image. En effet, Monisha Kaltenborn reconnait que la technologie hybride est importante pour le marché de grande consommation et que c’est donc une bonne chose qu’elle soit présente en Formule 1. Revenir en arrière avec des moteurs seulement thermiques ne serait donc pas un bon message envoyé au public.

Si la technologie n’est donc en cause, c’est bien la facture présentée par les motoristes qui est le cœur du problème : "Les motoristes n’ont pas besoin de clients pour financer leurs moteurs. Ils ne se posent pas la question de savoir s’ils vont acheter leur moteur à un autre motoriste. Ils vont le construire dans tous les cas."

Il en va donc de la responsabilité de la FIA, qui met en place la réglementation technique, de pousser les motoristes à revoir leurs prix à la baisse : "On ne peut pas toujours demander aux équipes indépendantes de se battre avec les motoristes alors qu’on ne décide de rien sur ce moteur !"

De plus, l’importance du moteur est devenue beaucoup trop prépondérante dans l’établissement de la hiérarchie : "La F1 ne devrait pas être un championnat de moteurs. Il y a beaucoup d’autres compétences qui sont importantes dans le sport mais qui sont moins visibles depuis l’année dernière car le moteur a pris tellement d’importance."

De notre envoyé spécial à Abu Dhabi

Monisha Kaltenborn souhaite de profonds changements pour la F1

Monisha Kaltenborn souhaite de profonds changements pour la F1

Commenter cet article