Lopez : "Nous sommes les pires managers du monde"

Publié le par Matthieu Piccon

Avec le redressement judiciaire de deux équipes en une semaine, les considérations économiques ont pris les devants de la scène à Austin. Une nouvelle fois, nous avons pu constater les différences entre les dirigeants des grandes écuries et ceux de fonds de grille.

Lorsque nous nous étions rendus dans le paddock de Barcelone, nous avions déjà largement commenté les désaccords profonds entre les dirigeants d'écurie autour de la question des coûts en F1. Depuis, la situation ne s'est pas améliorée, loin de là, puisque deux écuries ont désormais quitté le paddock.

A l'occasion de la conférence de presse qui leur ait réservée le vendredi, la question a été centrale puisqu'elle a tout simplement été le seul sujet de conversation de l'ensemble de la conférence de presse ! Au point que Toto Wolff, le directeur de Mercedes, finisse par déclarer : "Nous n'avons pas entendu les noms d'Hamilton, Ricciardo, Vettel, Rosberg. Aucun des pilotes aujourd'hui. Nous n'avons pas parlé de la performance de McLaren aujourd'hui. Ce dont nous parlons... Nous utilisons cette conférence comme d'un panel pour exprimer notre frustration, pour montrer combien tout est mauvais et nous dénigrons tous. C'est comme un cercle vicieux."

Si je regarde les aspects financiers du sport, en comparant le GP2 et la F1, et la loi des rendements décroissants, nous sommes probablement les pire managers. Et nous en sommes fiers !

Gérard Lopez

Gérard Lopez, le propriétaire de Lotus, a une nouvelle fois mené la charge. Il a ainsi dressé une comparaison parlante entre la F1 et le GP2 : "Puisque les gens en F1 s'intéressent vraiment à la course, certains oublient certaines réalités économiques. Il y a quelque chose qui s'appelle la Loi des rendements décroissants. Si je prends une voiture de GP2 et que je la fais courrir ici, ce ne sera pas ridicule. Elle sera deux, quatre, cinq, six peut-être sept secondes plus lente. Toute l'équipe de GP2 pour toute la saison va coûter quatre millions d'euros. Avons-nous vraiment besoin de dépenser autant ? Est-ce que nous sommes à ce point meilleurs qu'une équipe a besoin de dépenser 300 millions d'euros pour être six secondes plus rapides ? Non, nous ne le sommes pas. Je n'accepterai cet argument de personne. Nous ne sommes pas 300 millions d'euros meilleurs, si vous prenez les grandes équipes, qu'une équipe de GP2. C'est donc un peu ridicule de dire que vous avez besoin de dépenser cet argent pour être performant car cela nous rend les pires managers du monde. Si je regarde les aspects financiers du sport, en comparant le GP2 et la F1, et la loi des rendements décroissants, nous sommes probablement les pire managers. Et nous en sommes fiers ! Si nous ne le sommes pas, nous avons vraiement besoin d'y penser."

Pourtant, même les dirigeants des petites écuries ne semblent plus croire à la mise en place d'un plafond des budgets, comme le montrent les déclarations de Vijay Mallya, le propriétaire de Sahara Force India : "Nous avons parlé du plafonnement des budgets un certain nombre de fois et, au bout du compte, je pense que les grandes équipes ou les constructeurs y étaient opposés. Mais je pense que c'était une bonne initiative qui n'a pas vu le jour pour faire une vraie différence."

Lorsque vous le comparez à n'importe quel autre sport dans le monde, nous sommes malheureusement les plus mal classés.

Vijay Mallya

Mais ce qui semble désormais remis en cause est la répartition des revenus, qui favorise largement les grandes équipes. Ainsi si Ferrari venait à être dernière du championnat, elle gagnerait toujours plus d'argent que si Sauber ou Marussia devenaient champions du monde !

C'est exactement ce qu'a déclaré Vijay Mallya : "Si l'on regarde la part des revenus, je pense que nous sommes un sport unique, où les équipes participantes reçoivent la moindre part des revenus par rapport au chiffre d'affaires total. Lorsque vous le comparez à n'importe quel autre sport dans le monde, nous sommes malheureusement les plus mal classés. Je suis très triste que deux équipes ne soient plus avec nous sur la grille ici à Austin et je ne pense pas que quelque chose comme cela puisse avoir lieu."

Gérard Lopez est entièrement aligné avec les idées avancées par le propriétaire de Sahara Force India : "Le modèle de répartition des revenus est complètement mauvais. On peut discuter pour savoir si le niveau de ce qui est distribué est bon ou mauvais et Vijay a déjà mentionné une partie de ce problème. Mais nous avons des équipes qui reçoivent plus d'argent simplement pour être présente que des équipes qui participent à toute la saison. Quelque chose est donc fondamentalement mauvais dans le système et cela ne devrait pas être autorisé. Il n'est désormais plus l'heure de simplement en parler mais d'agir. Nous verrons donc ce qui va se passer dans les prochaines semaines."

Surtout le simple fait que ces grandes discussions aient lieu est une mauvaise chose pour le sport et pour les participants. En effet, cela laisse paraitre l'image d'un sport qui est en crise financière, ce qui sous-entendrait qu'elle intéresse moins les spectateurs et donc les sponsors, ce qui n'est pas le cas puisque la F1 est parvenue à générer 1,7 milliard de dollars de chiffre d'affaires en 2013, un niveau record pour le sport.

De nouveaux partenaires vont se dire : "Est-ce que nous voulons vraiment arriver dans un sport avec tous ces problèmes, qui ne concernent normalement pas un sport mais d'autres secteurs d'activités ?"

Monisha Kaltenborn

Monisha Kaltenborn, la directrice de Sauber, regrette ainsi que l'on parle davantage des aspects économiques de la F1 que du sport en lui-même : "Nous devons vraiment nous demander ce qui est fait au sport ? Nous envoyons des messages vers nos fans qui ne sont pas vraiment ceux dont ils ne veulent pas vraiment parler. Ils devraient parler des excellentes courses que nous avons, de la très belle expérience ils ont vécu en venant ici mais pourtant ils parlent des finances, des coûts, des équipes qui se retrouvent en redressement judiciaire. Nous sommes en train de créer une très mauvaise image vers l'extérieur, où de nouveaux partenaires vont se dire : "Est-ce que nous voulons vraiment arriver dans un sport avec tous ces problèmes, qui ne concernent normalement pas un sport mais d'autres secteurs d'activités ?" Nous devons vraiment réagir, étudier la situation et nosu devons regarder comment obtenir une répartition équitable des revenus que nous recevons. C'est comme cela que nous parviendrons à conserver d'autres équipes que les seules grandes."

Pour autant, quand on lit la déclaration d'Eric Boullier, le directeur de la compétition chez McLaren, on peut se rendre compte que la ligne de fracture est clairement profonde entre les deux catégories d'équipes : "Le vrai problème est que pour être compétitif, vous devez dépenser un niveau minimum d'argent et aujourd'hui ce niveau d'argent est trop haut. Vous pouvez en vouloir au modèle de distribution, vous pouvez en vouloir aux revenus, vous pouvez en vouloir à tout le monde mais la réalité est que pour être compétitif, vous devez dépenser un minimum. Comme nous sommes tous des compétiteurs, nous voulons tous dépenser cet argent. Au bout du compte, il y a beaucoup d'émotions ce week-end à cause de l'absence de deux équipes. C'est vrai que si les revenus pour les petites équipes étaient plus hauts, la première chose qu'elles feraient serait d'employer plus de gens, elles dépenseraient plus parce qu'elles veulent être compétitives. Vous ne résolvez pas le problème en faisant cela. Donc oui, vous sauvez des emplois mais rien de plus."

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